Récit de la Mallorca 2023


Au détour d’une sortie au printemps 2022 avec Laurent, on évoque la Mallorca, cette course qui traverse l’ile d’est en ouest par la chaîne de montagne de la sierra Tramuntana avant un retour sur Alcudia par le centre de l’île balayé par le vent. Avec ses vignobles, ses petites routes…

 

On aime le vélo, on aime le partage, la rigolade, on adore cet endroit ! Promis, dès que les inscriptions ouvrent, on saute dessus ! On s’inscrit sur le 312 km, le plus grand, le mythe ! Et puis, à titre plus personnel, pour l’année de mes 40 ans, je vois les choses en « grand ». Un défi.

 

Pendant l’hiver, Yann étonné par le projet (il nous prend pour des dingues) s’inscrit. Des fous appelant d’autre fou, on s’engage à trois dans cette mission.

 

L’hiver se passe, février, les choses sérieuses commencent. On essaye d’adapter nos emplois du temps entre boulot, famille etc... Le dimanche matin est l’occasion de se retrouver à la boulangerie d’Yvrac vers les 7h pour des boucles plus ou moins grandes. On profite aussi de ces moments pour prendre un café, une viennoiserie. Echanger, tout simplement. Partager nos doutes aussi par rapport à la distance. Les doutes sont surtout pour Yann et moi-même. Certes, on a quelques étapes du tour au compteur, mais la distance nous paraît invraisemblable. Laurent est plus confiant, il a à son actif, une première place en duo sur un bikingman (course de 1000km) couvert en 3 jours. De quoi mettre en confiance pour Majorque !

  

Février, Mars, puis Avril. L’émulation se mets en place. On a notre conversation sur messenger. Le contenu est impubliable, mais on commence nos phrases par « Mallorca ! » On envoi des photos de nos entrainements perso en envoyant le mot de code « Mallorca ! » On se prépare mentalement, on se conditionne. Mallorca ! Olé ! Vamos !

 

Le jeudi précédent la course, c’est le départ pour Barcelone. Pour le bateau. Pour la traversée. Pour Mallorca ! L’obsession. Laurent nous rejoint sur Barcelone par avion.

 

On attend tranquillement le bateau, on manque de le louper. Laurent capte qu’il faut monter dans un bus, avec les vélos dans la soute pour rejoindre le point de départ quelques kilomètres plus loin. Petite pression, on demande rapidement nos repas commandés. On part vers 23h pour une arrivée à 5h du matin le vendredi matin. La traversée se passe bien, on prend l’air sur le pont, apéro, puis dodo.

 

Arrivé à 5h, on récupère nos vélos dans la cale, rapide coup d’œil. Le matériel va bien, dérailleur ok, roues ok, vélo ok. Go ! Mallorca !

 

On doit récupérer normalement notre chambre située à 10km du port vers 11H. On fait quoi de 5H à 11H ??? Je propose de dormir sur la plage, trop froid, du vent.

 

On décide donc de tenter le coup en partant directement à l’hôtel. Peut-être que la chambre est prête ? Go ! Mallorca !

 

On traverse Alcudia en pleine nuit, on croise les fêtards, un peu émoussé par l’alcool. Arrivé à notre splendide hôtel, chambre prête, on dort direct.

 

Levé vers 8h, on reprend nos vélos pour aller chercher nos dossards à 5km. On se balade, on prend l’apéro, on croise Nico Lecaudey en vacances mais sans le vélo ! Restaurant tous ensemble puis retour à l’hôtel pour profiter de la piscine.

 

Fin d’après-midi, l’heure est venue de préparer nos montures pour le combat du lendemain. On fixe la plaque, on dispose sur le vélo les gels, barres etc…

 

Premier contre temps, en voulant mettre sa pompe, Yann casse une vis d’un porte bidon. Son vélo ne dispose plus que d’un porte bidon, compliqué, stressant. On file dans Can Picafort vers 18H chez des loueurs de vélo (nombreux sur l’île) pour trouver une solution au problème de Yann. On n’est pas forcément bien reçu. Néanmoins, un loueur nous propose des colliers pour fixer le porte bidon. On ne peut pas mieux faire. Ça tiendra, vamos ! Mallorca !

 

Retour au calme à l’hôtel. Dîner dans la chambre, dodo. On essaye de dormir, jamais évident la veille des épreuves.

 

JOUR DE COURSE 29 AVRIL 2023

 

Levé vers 4h30, l’hôtel propose un déjeuner pour les coureurs, parfait.

On quitte l’hôtel dans la pénombre pour rejoindre les autres fous 5 km plus loin. Arrivé sur la ligne, Yann avec son dossard « préférentiel » part directement sur la ligne de départ où il retrouve les légendes. Sean Kelly, Alberto Contador, Vincenzo Nibali le requin de Messine, Oscar Pereiro, Ivan Basso, Joseba Beloki.

Certains de ces champions sont alignés sur le 312, d’autres sur le 160.

En tout, 3 parcours sont à la disposition des coursiers.

Avec Laurent, nous patientons dans notre sas, ces minutes sont toujours longues, les coureurs autour vérifient leur vélo, grignote un morceau. On peut voir aussi les drones passés au-dessus de nos têtes.

 

Le départ est donné vers 6H30, nous partons avec Laurent une dizaine de minute plus tard.

 

On se faufile comme on peut pour remonter au maximum afin d’arriver dans de bonnes dispositions au pied du col de Femenia. Pendant ce temps, Yann est dans la roue de Nibali, Contador, il se régale. Il prend même le temps de faire des photos, des films.

Dès les premières pentes, Laurent s’envole, je le retrouverai à l’arrivée, 12h plus tard !

Je monte à mon rythme jusqu’au sommet de l’épreuve, le Puig Major,km 50.

A un km du sommet, je rattrape Sean Kelly, un petit sourire et la descente se fait dans la roue de Ivan Basso. Quel bonheur de pouvoir partager ces instants ! Un arrêt au ravitaillement du col d’en claret, km 93 est l’occasion de retrouver Yann. On repart ensemble et on décide de nous aider mutuellement pour terminer l’épreuve.

Je le devance un peu dans les ascensions, il me rattrape ensuite dans les descentes. On reste sur ce tempo jusqu’au km 150. Dans la descente du col de la Galilea, Yann me rattrape, me double et dans un virage sur la droite, il part à la faute ! Vélo dans le ravin, Yann amoché à la hanche, aux mains.

Je m’arrête, on récupère le vélo, pas trop de casse, ça continue ! En bas de la descente, on s’arrête dans le premier village, Yann trouve une pharmacie. Après discussion, il m’incite à continuer ne sachant pas s’il s’arrête là ou s’il repart pour faire un parcours plus court. Je repars tout seul, et je resterai seul dans le vent pendant 70 bornes. Je trouve parfois des roues à prendre, mais je roule souvent seul dans le vent. Je cogite aussi, je m’inquiète pour Yann. Et je cogite encore plus quand je sens mes forces partir vers le 190 ième kilomètre. Je manque d’eau, j’attends le ravitaillement avec impatience qui n’arrive toujours pas ! L’arrêt au ravitaillement de LLoseta fait du bien, sandwich, Coca et ça repart, toujours seul ou en petit comité puis après le dernier cutt off vers le 240ème km, Yann me rattrape avec un gros peloton. Je suis surpris, Yann est héroïque, avec la banane, je le sens heureux d’être encore là, moi aussi ! Il m’invite à prendre les roues pour terminer la course. Mais je ne peux plus, les crampes aux quadriceps me mettent à genou !

Yann décroche les roues pour m’attendre. Ce sera mon ange gardien jusqu’à la fin, il m’abrite du vent, on plaisante aussi pour oublier la douleur !

 

 

Pendant ce temps, Laurent file à toute blinde vers la ligne, il nous racontera le soir, le plaisir qu’il a eu de rouler avec de vrai mobylette ! Il terminera l’épreuve plus d’une heure avant nous. Costaud le Laurent !

 

Avec Yann, nous arrivons ensemble au dernier ravitaillent de Artà. Au 290 ième kilomètres. Ce ravitaillement est mémorable, une vrai boîte de nuit à ciel ouvert. On repart avec Yann, galvanisé. Le premier talus à la sortie du village me rappel à l’ordre, je suis seul dans cette montée, avec mes jambes en carton.

Sur une belle route, on déboule dans Can Picafort à 5km de l’arrivée. Laurent nous attend à la sortie de la ville. Il nous donne un relais, on fait également une photo.

 

Puis arrive la délivrance, on coupe la ligne avec Yann. Ensemble, comme on se l’était dit.

On est vanné, déshydraté. Mais on est tous les trois accomplis car on vient de vivre une journée de vélo comme on aime.

 

Merci à Laurent, Yann. Merci aussi à Nicolas et Tiffany.

 

Julien MOGA

 De gauche à droite : Julien Moga, Yann Flejou et Laurent Escalle à l’arrivée